La formation des cadres et des dirigeants en entreprise se concentre encore majoritairement sur le savoir-faire, alors que c’est la pédagogie du savoir-être qui va créer la valeur ajoutée des managers dans les années qui viennent. Quel impact cela aura sur la formation des managers et des dirigeants ?

 

La nouvelle donne des soft-skills révolutionne la gouvernance et le fonctionnement des entreprises

La technologie, les robots, les algorithmes et l’intelligence artificielle sont capables de traiter des milliards d’informations beaucoup plus vite, beaucoup mieux et beaucoup plus précisément que nous, pauvres humains. Pour faire face à cette déferlante technologique, qui pourrait réduire à néant la moitié des jobs actuels d’ici 10 ans, il nous restera comme arme de guerre notre incroyable capacité à nous connecter les uns aux autres et à créer de l’émotion.

En 2015, le World Economic Forum (WEF) réuni à Davos a édité un rapport sur « les emplois du futur », avec notamment la contribution d’experts, de professionnels et de dirigeants de 371 organisations de référence sur leurs marchés.
Notre monde, qualifié par eux de « VUCA » (Volatile Uncertain Complex Ambitious), a d’ores et déjà des impacts sur nos organisations.
Par exemple, 65% des élèves de primaires à ce jour travailleront dans des emplois qui n’existent pas encore à ce jour.

 

Les 10 compétences clés pour survivre demain dans l’entreprise

Ainsi, le WEF a identifié les 10 compétences critiques qui nous permettront de survivre dans notre « monde VUCA » :

1.     La Résolution des problèmes complexes

Les apports de la technologie vont simplifier considérablement les emplois techniques. Ainsi, il y aura un transfert de compétences entre un savoir-faire manuel vers une maîtrise des nouveaux outils technologiques. Le salarié de demain devra donc pouvoir résoudre des problèmes « nouveaux ».

2.     La Pensée critique

Avoir du recul sur les nouvelles tendances du monde du travail sera une qualité nécessaire. Il faudra être dans l’air du temps et suivre les mouvements de son environnement, pour ne plus foncer tête baissée. Réfléchir sur les nouvelles tendances et se montrer critique sera une qualité valorisée.

3.     La Créativité

La valeur de l’entreprise est indexée de manière importante sur l’innovation. Mais l’innovation n’est pas toujours synonyme de révolution technologique. Elle peut porter sur le marketing ou sur la communication. La créativité est donc requise : toute innovation vient d’une idée.

4.     La Gestion de personnel

Quoiqu’on le voit, les qualités humaines sont de plus en plus considérées dans le monde du travail. Les services RH gagnent à mesurer la performance des employés, mais aussi leur bien-être. Cette évolution de la gestion des ressources humaines aidera à mieux connaître le personnel.

5.     La Facilité à se coordonner avec les autres

L’accroissement des échanges entre des acteurs de plus en plus différents fera de la collaboration une ressource clé de l’entreprise de demain. Du travail en équipe aux relations avec des partenaires étrangers, la coordination se travaille. Ainsi, l’ouverture d’esprit, l’écoute, la patience, la confiance en soi seront des qualités fortement valorisées.

6.     L’Intelligence émotionnelle

Alors qu’il y a encore cinq ans nous n’en entendions pas parler, l’intelligence émotionnelle est mobilisée dans ce contexte de collaboration croissante. Il faudra être sensible au multi-culturalisme, aux différents codes de conduite. Percevoir les valeurs de chacun et s’adapter sera un atout de taille.

7.     Le Jugement et la prise de décision

La place que prennent les nouvelles technologies dans le monde professionnel est considérable ; les informations deviennent des données stratégiques. Internet et le big data créent un nouveau challenge : extraire les bonnes informations. Cette qualité sera ainsi requise dans la veille stratégique des entreprises.

8.     Le sens du service

Aujourd’hui, tout produit est accompagné d’un service. Les clients le recherchent partout, même sur les réseaux sociaux. C’est donc une compétence centrale qui va faire percevoir aux clients la valeur d’une entreprise et de sa marque.

9.     La Négociation

Depuis toujours, la négociation est primordiale dans la concurrence entre les acteurs. Il faudra continuer à négocier les meilleurs accords avec les partenaires pour créer un réseau solide de parties prenantes. Sans surprise, l’argumentation et l’aisance relationnelle resteront des compétences valorisées.

10.  La Flexibilité cognitive

Il s’agit de la capacité à s’adapter aux changements ; pouvoir passer d’une tâche à une autre en restant efficace. Elle permet également d’établir des liens entre différents éléments pour résoudre des problèmes plus facilement.

A ce jour, les générations à venir ont toutes les chances d’être parfaitement alignées avec cette nouvelle donne ; on le voit déjà dans le rapport que ces « Millenials » ont avec leurs pairs, leurs jobs et leur environnement en général.

Jean Marc LOUIS, directeur Associé Wayden, ancien Dirigeant de Moortgat une entreprise spécialisée dans la formation des Dirigeants au leadership et au management avant de rejoindre WAYDEN en 2017, explique : « Le futur des formations, et donc des travailleurs de demain, reposera sur des «soft-skills », pour assurer l’adaptation de l’individu à des postes potentiellement très différents. Cela constituera le moteur de l’employabilité ».

En revanche, ceux qui ont besoin de faire des efforts pour prendre ce virage sont la génération précédente, les « X » notamment, qui doivent faire leur propre révolution pour survivre.

Sans aligner l’esprit et le cœur, il sera compliqué de réussir dans le monde de demain. uSans courage et sincérité, cette mutation sera douloureuse. vSans collégialité et émulsion, nos organisations seront vides de sens. uSans attention envers notre monde et notre environnement, nos actions seront inutiles.

Vers une transformation nécessaire des entreprises de formation

En ce qui concerne les programmes de formation, on constate encore trop souvent qu’ils sont accès sur l’acquisition du « savoir-faire » de manager. Et ces démarches sont packagées dans des exercices communs de motivations collectives ; escape game, team building et autres jeux de situation participatifs. Tous ces programmes sont supposés donner les clés et la recette ultime du management. Et les déceptions sont là rapidement, tant pour le manager formé que pour l’entreprise qui la finance, sauf à se donner de la bonne conscience.

L’explication réside dans le fait qu’encore trop souvent, ces programmes sont conçus autour du savoir-faire, alors que les clés du management se trouvent aujourd’hui dans les arcanes du savoir-être.
Et ce savoir-être ne s’apprend pas avec les recettes classiques. Il se ressent, il se comprend, il se vit et il s’intègre lentement, pour qui sait aussi l’écouter et l’accueillir. C’est en fait avant tout une affaire de cœur !
Cela ne se résume pas pour autant à écouter et répondre aux complaintes et aux problèmes des uns et des autres, mais plutôt à composer et construire avec les forces et les talents de chacun.

Il déroute aussi les entreprises et les organismes car il est difficilement mesurable (donc difficilement packageable dans une offre) et il demande beaucoup de temps.

La formation des managers et des dirigeants doit faire sa transformation. Elle a besoin désormais de se concevoir dans une dynamique collective, ouverte et réciproque, et non plus dans une logique seule d’amélioration personnelle et hiérarchique.
Chaque groupe cherche aujourd’hui du sens, et c’est le moyen de créer de la valeur pour tous.

Il est grand temps de se prendre en main et de commencer pour chacun à « sortir du cadre », pour aller explorer ces territoires nouveaux, incontournables désormais pour survivre dans notre monde « VUCA ».
Et même si cela requiert un travail lent et soutenu, cette reconstruction nous améliore vers de la satisfaction souvent perdue et vers un bonheur parfois oublié.
Comme le soulignait Woody Allen, « Le futur doit nous intéresser et nous y avons plutôt intérêt, puisque c’est là que nous allons passer le reste de notre vie ».

 

Benoit DURAND TISNÈS
Managing Director