Exemple : tu as eu le bon réflexe de négocier des tâches en moins en échange de ces tâches en plus. Donc, quelqu’un a récupéré tes tâches en moins comme des tâches en plus pour lui : paf, déjà un premier ennemi ! Une imperceptible ligne de fracture s’est créée entre toi et tes anciens collègues. Oublie les déjeuners avec eux où l’on se poilait tant à dire du mal de la chef, puisque la chef, maintenant, c’est toi. La moindre de tes plaisanteries sera désormais accueillie avec des rires serviles, c’est le signe que le pouvoir t’enveloppe désormais de sa cape de solitude.
Pourquoi toi ? Cette question (que tu te poses aussi parfois dans le secret de la nuit) renvoie chacun de tes collègues masculins ou plus âgés (certains cumulent) à la question symétrique : «Pourquoi pas moi ?» Ils y trouvent une occasion de faire le point sur leurs ambitions et, pour certains, les nouvelles sont plutôt moroses. Car tu as été promue pour la pire raison qui soit : tes compétences. Tu es douée, bosseuse, loyale, intelligente et drôle. Tu piges à la seconde et tu mets en œuvre instantanément. Tu es un avion de chasse.
A la guerre, le bon chef est celui qui ramène tous ses hommes vivants après la bataille, qui ne laisse tomber personne de son équipe, qui n’engage pas les autres dans des défis insensés, qui ne tire pas de chèque en bois sur leur loyauté. Car le secret dumanagement est le suivant : ce n’est pas l’équipe qui est au service du chef, c’est le chef qui est au service de l’équipe. Dans ce véritable sacerdoce, on attend de lui trois choses :