En 2018, la donne a changé pour la carrière des managers et des dirigeants ; ils doivent désormais être en mouvement. Cela peut être une excellente nouvelle, si le manager sait gérer son propre business comme les entrepreneurs. Confiance en soi, rester libre, se différencier, cultiver sa curiosité et son réseau sont les nouvelles clés qui vont leur permettre d’affronter les formidables changements en cours.

C’est un fait, nous ne travaillerons plus pour une seule entreprise au cours de notre carrière. Cette situation inédite il y a encore quelques années est aujourd’hui une réalité. Les générations seniors actuelles, plus que les autres, la subissent avec d’autant plus de violence qu’elles ont longtemps cru pouvoir encore passer « au travers des gouttes ».
En 2018, chacun est condamné au mouvement, et cela peut être une excellente nouvelle pour qui sait s’y préparer.
iComment anticiper alors ce mouvement ? Comment se comporter face à une situation professionnelle incertaine ? lComment transformer une potentielle menace en opportunité ?

 

Au commencement, nous étions tous des entrepreneurs

Il ne faut jamais oublier d’où nous venons. Nos ancêtres de la préhistoire habitaient dans les grottes et ils étaient « à leur compte » ; pas de chasse, pas de nourriture. Pas d’abri, pas de sécurité. Chaque jour, sans aucune organisation, il fallait résoudre les problèmes de survie et de vie, et aussi construire les moyens de la sécurité pour le groupe. Ils étaient en somme les premiers entrepreneurs de l’humanité, forcés de prendre des risques pour avancer.

Au Moyen Âge, l’entrepreneur conservait son sens premier, celui d’un individu qui assumait ses tâches, hardi, et qui savait prendre des risques. Même dans une société évoluée, l’organisation de la vie au quotidien obligeait certains à créer et fabriquer, d’autres à voyager et, pour beaucoup, régulièrement, à se battre.

Entreprendre, c’est être en mouvement. Et paradoxalement, c’est l’entreprise elle-même qui nous a fait perdre cet esprit du mouvement.
Depuis la révolution industrielle au XIXème siècle, les industriels se sont mis à rationaliser, à organiser, puis à s’occuper de leurs employés. C’est une excellente chose qui a fait émerger de grandes avancées pour la vie, pour la santé et pour l’épanouissement de chacun.
Pourtant, dans la volonté positive d’organisation et de sécurité pour chacun, on a finalement créé du désordre.

La mise en œuvre progressive de sécurité et de confort professionnel nous a paradoxalement rendu paresseux. Poussées par l’entreprise elle-même qui y voyait des gages de stabilité pour son développement, des générations entières se sont confortablement installées socialement. Elles avaient remis leur avenir entre les mains d’autrui : leur entreprise.
Vint la seconde guerre mondiale, puis internet pour bouleverser les codes précédemment installés.
Ainsi, depuis les années 2000, la dernière génération des actifs seniors (actuellement 55-64 ans) fait face à un revers de bâton inattendu ; l’obligation de se remettre en question.

 

Se libérer et redevenir l’entrepreneur de sa propre carrière

Pour survivre dans le monde d’aujourd’hui, en perpétuelle transformation, et pouvoir gérer leur carrière, il leur faut retrouver cet esprit entrepreneurial. Il ne s’agit pas ici de créer une entreprise, mais plutôt de devenir l’entrepreneur de sa propre carrière. Et les réflexes sont fortement similaires.

En 2009, Reid Hoffman, fondateur de LinkedIn, expliquait dans une interview : « Vous restez en moyenne 2 à 4 ans dans un même poste. Cela fait de vous un business. Vous êtes entrepreneur de votre propre business. iComment allez-vous trouver votre prochain job ? Comment allez-vous gérer votre carrière ? lComment allez-vous obtenir votre prochaine promotion ? Tout cela repose sur vos épaules… au même titre que ces responsabilités pèsent aussi sur les épaules d’un entrepreneur ».

Pour cela, la recette peut s’établir en 3 clés majeures :

1. Regagner sa liberté et reprendre confiance

Remettre sa carrière entre les mains uniques d’autrui, c’est fini. Désormais, il faut réapprendre à être « libre » et il faut accepter de se confronter au risque.
D’ailleurs, plus s’y confronte, moins on risque de se retrouver dans une situation compliquée à gérer. En somme, si le mouvement ne vient pas de vous, il est fort possible que malgré vous vous y soyez un jour confronté.
Le choix est alors simple ; soit vous décidez d’anticiper les choses en vous y préparant de manière proactive, soit vous subissez et réagissez.
Le fait de l’anticiper, en construisant un plan A et B (et Z au cas où !), permet aussi de se donner confiance. Je suis toujours surpris de voir très régulièrement des cadres supérieurs et des cadres dirigeants appliquer parfaitement cette recette dans leurs responsabilités professionnelles. Ils  construisent des stratégies complexes, pour ensuite les mettre en œuvre et les défendre avec beaucoup d’intelligence et de conviction. Ce sont les mêmes qui s’oublient personnellement et ne pensent pas à agir de la même manière pour leurs propres intérêts.
En outre, pour beaucoup de managers, le point le plus difficile à gérer est l’image qu’ils donnent à l’extérieur : ce qu’ils croient être la « perte de leur statut social ». Qu’ils se rassurent et reprennent confiance ; ceux qui les jugent hâtivement sont ceux qui se sentent en sursis et craignent, au fond, un tournant dans leur carrière.

En 2018, tout cadre supérieur ou cadre dirigeant se devrait d’avoir vécu au moins une rupture de contrat de travail. Cela devrait être même prescrit car c’est à mon sens la meilleure école pour affronter le monde actuel en transformation. Une fois en situation, la rupture permet de redonner du relief au champ des possibles. Elle permet aussi de gagner en liberté et de regagner en confiance en soi.

Pour ma part, j’en ai vécu deux. A chaque fois elles ont été source d’amélioration tant dans ma vie personnelle que dans ma vie professionnelle.
La première fois en 2007, après 10 ans de bons et loyaux services à mon employeur, j’ai découvert qu’il ne faisait « pas si froid dehors ». La deuxième fois, en 2012, après une période de loyauté et d’investissement similaires, j’ai compris que je ne remettrai plus mon avenir à quiconque d’autre qu’à moi-même et j’ai définitivement créé Wayden.

 

2. Trouver sa vraie différenciation

En matière d’emploi, pour un poste donné, nous vendons à peu près tous la même chose ; nos compétences, notre capacité à raisonner et notre dynamisme pour faire avancer les choses. L’entreprise qui ouvre un poste a donc un choix pléthorique parmi vous et vos concurrents.
Pour se démarquer, il convient que chacun cherche et trouve sa vraie différenciation, son avantage concurrentiel intrinsèque, son USP (Unique Selling Point).
La question à laquelle répondre pour cela est la suivante : Pour ce job, pourquoi moi plutôt qu’un autre ?
Pourquoi suis-je le meilleur dans mon domaine ? Sur ma fonction ? Que puis-je apporter qu’un autre aura du mal à faire ? Pourquoi suis-je unique sur ce point à cet instant ou sur tel périmètre géographique ou professionnel ?
Vous différentier est la meilleure garantie pour vous distinguer des autres. Il ne sert à rien d’être le meilleur en tout : mieux vaut avoir un ou deux aspects très spécialisés ou spécifiques qui créent une réelle différence à mettre en avant, et éviter ainsi de finir en « éternel second ».

 

3. Cultiver votre curiosité et votre groupe

Pour aller vite, il faut y aller seul, pour aller loin, il faut y aller à plusieurs. La vraie force de votre capacité à rebondir, une fois confiant et libre, est celle de votre groupe, de votre réseau.
Mais le réseau n’existe pas en soi. Il ne se décrète pas, comme le souligne l’un des papes français du networking Hervé Bommelaer, Associé chez Enjeux Dirigeants. Le réseau résulte plutôt d’une activité constante, curieuse, persistante et surtout généreuse et désintéressée à priori. D’ailleurs, les bienfaits du réseau sont réservés à ceux qui sont curieux et qui «aiment fondamentalement l’autre», et non à ceux qui recherchent l’intérêt à priori.
Autrement dit, votre réseau doit être cultivé en permanence, et pas seulement quand on a besoin de quelque chose. Reid Hoffman explique dans son ouvrage « The start up of you » qu’à la manière d’un industriel qui investit continuellement 5 à 10% de son Chiffre d’Affaires dans la R&D pour anticiper, chacun doit investir constamment 5 à 10% de son temps à rencontrer d’autres personnes.
Pour celui qui sait être curieux, les autres sont une source d’idées nouvelles, d’opportunités non calculées ou encore d’informations indispensables.
L’important est de choisir des personnes qui évoluent dans des écosystèmes différents du sien. Car il ne sert à rien de rencontrer ses clones.
Pour évoluer, la compétence compte moins que les relations. Vous avez besoin d’être visible et plus important encore, trouvable.

En conclusion, Nassim Taleb invite chacun à s’“inoculer de la volatilité pour absorber les chocs”. En effet, pour se préparer aux éventuels accidents de carrière, rien de tel qu’une prise de risque mesurée mais régulière, toujours muni d’un plan B et sans jamais s’accrocher à des certitudes ni rechercher la perfection. Reid Hoffman parle de “vivre en état de permanent beta”.
C’est une révolution pour ceux d’entre nous qui le découvrent et c’est déjà une réalité pour la plupart des millenials … Qu’on le veuille ou non, ce sont eux qui ont raison en arrivant en force sur le marché du travail et bientôt aux postes de direction des entreprises.
Pour reprendre Jeff Bezos, il faut “agir comme si l’on était toujours au premier jour ».

 

Benoit DURAND TISNÈS
Managing Partner