Ce que les dernières découvertes nous apprennent sur nous-même

Écouter Pierre-Marie Lledo, c’est plonger dans un univers de possibilités cognitives qui fait du bien. En juin 2019, WAYDEN a eu l’honneur d’inviter cet inspirant professeur en neurosciences le temps d’une conférence passionnante offerte à ses client·e·s et à ses managers de transition.

Nous ne sommes pas sans savoir que notre construction cérébrale se joue avant 3 ans, que nous n’utilisons 10% de notre cerveau, que nous sommes soit cerveau droit (émotion), soit cerveau gauche (rationnel), que les hommes sont plus à l’aise avec les raisonnements abstraits, que les femmes plus à l’aise avec le langage, etc. Mais en sommes-nous vraiment sûr·e·s ?

En tant qu’expert en la matière, Pierre-Marie Lledo nous exhorte, dès les premières minutes de sa conférence, à oublier toutes ces fausses croyances sur le cerveau, qu’il qualifie de « neuro-mythes ». Démenties haut et fort par les dernières recherches scientifiques qui démontrent justement tout le contraire…

La neuro-révolution 

Révolution 1. Le cerveau est taillé sur mesure

Saviez-vous que lors d’une autopsie, les médecins légistes n’étaient pas en mesure de dater un cerveau ? Contrairement aux dents, aux os et aux muscles, le temps ne marque pas son empreinte sur le cerveau. Car, quelque que soit son âge, notre cerveau est toujours en devenir. C’est un éternel chantier qui peut produire à l’infini de nouveaux neurones pour fabriquer de nouvelles compétences. Tout dépend, non pas de la génétique, mais de l’environnement dans lequel nous évoluons.

Révolution 2. Le cerveau se nourrit du changement

D’où viennent les troubles de la maladaptation, connus sous le nom de burn out, dépression et bipolarité ? Souvent, de la routine. Le cerveau se détruit dans la permanence des choses. A contrario, il s’épanouit dans le changement, la différence, l’altérité et l’extériorité. Nous y reviendrons.

Révolution 3. Le cerveau humain vit trois temps

Tout est (presque) dit dans le titre. Le premier temps du cerveau humain est, non pas le passé, mais le présent du passé. Ce temps qui détermine nos expériences présentes à l’aune de nos expériences passées. Le deuxième temps, c’est le présent du présent. Celui qui déclenche des comportements en temps réel à l’aune de l’affect. Le troisième temps est le présent du futur. Ce temps qui nous permet de voyager dans le futur et de de modifier nos actions présentes en fonction de ce que nous avons visualisé. 

 

La menace neuro-digitale

Mais pour que la magie de cette révolution opère, deux prises de conscience sont nécessaires. D’abord, comprendre que la pleine expression de notre intelligence dépend de l’interconnexion entre trois pôles – la raison, l’émotion et le collectif. Ensuite, que l’épanouissement résulte d’un savant équilibre entre la perception d’une information, le temps que l’on met à la traiter et le passage à l’action.

Si ces prises de conscience semblent aller de soi, elles sont toutefois mises à mal par le temps digital. En moins de 24h00, plus de 209 milliards de mails circulent sur la planète. En 2020, les 7,7 milliards d’êtres humains que nous sommes seront en moyenne entourés de 7 objets connectés. Une évidence s’impose : nous produisons plus d’informations que nous pouvons en traiter. L’infobésité nous condamne à savoir sans comprendre. Pire, elle nous embarque dans des processus cognitifs automatiques et synchrones qui conduisent à une surcharge mentale. 

En fusionnant les trois dimensions temporelles, le digital dérègle le passage à l’action. Au lieu d’agir sereinement sous l’effet d’une dose saine de sérotonine (substance chimique du désir), nous agissons automatiquement, voire compulsivement, sous l’effet du cortisol (hormone de l’urgence, de la contrainte et du stress). Or, comme le dit Sénèque, « il n’y a pas de vent favorable si je ne sais pas où je vais. »

Aussi, pour éviter de rejoindre la démocratie des crédules, devons-nous prendre le temps (fécond) de la réflexion, et nous reconnecter aux sources profondes de nos désirs. Seuls moyens de retrouver goût au plaisir d’être, d’agir et de vivre. N’oublions pas que nous sommes toutes et tous des neuro-hackeurs, c’est-à-dire en capacité permanente de pirater notre cerveau pour le nourrir de nouvelles choses.

 

Retrouver un cerveau neuro-amical

Le cerveau humain pèse en moyenne 1,5kg, soit 400 grammes de plus que celui de nos ancêtres. D’où vient ce delta ? D’un surplus de matière grise tout entier dédié au lien social, à l’empathie. C’est avec cette partie cérébrale que nous comprenons les autres, leurs intentions, leurs comportements. Ce n’est pas un hasard si l’animal social que nous sommes est constitué de deux oreilles et d’une bouche : nous sommes pré-destiné·e·s à écouter deux fois plus qu’à parler…

Mais interagir avec l’autre ne suffit pas. Il faut ajouter à cela une dose conséquente de care. Les relations dominant·e·s-dominé·e·s et la coercition ? Très peu pour le cerveau. Intrinsèquement, notre organe raffole d’équité, d’inclusion et de réciprocité. Plus nous nous entourons de semblables, plus nous augmentons le taux de résonance comportementale qui nous permet de créer un environnement social riche et épanouissant.

C’est là, la clé de ce que Pierre-Marie Lledo nomme le management neuro-amical.