Les leçons de Christophe Caupenne, spécialiste des aveux

Aujourd’hui expert en négociation et en gestion de crise, Christophe Caupenne a passé plus de 30 ans au sein de la police judiciaire, en brigades de répression criminelle et banditisme. Dans les années 2000, il est nommé Commandant du RAID, une unité d’élite de la police nationale française dédiée à la Recherche, l’Assistance, l’Intervention et la Dissuasion. Au cours de ces douze années, Christophe Caupenne s’impose comme le spécialiste des aveux. En 2010, il publie un ouvrage intitulé Négociateur au RAID, qui aborde un aspect essentiel de ce métier : la place de l’intuition dans la prise de décision.

Lorsqu’il prend la tête du RAID en février 2000, la direction générale de la police ambitionne de faire aboutir 20% des affaires par la négociation. Si ce chiffre peut paraître de prime abord faible, il s’explique par le fait que la négociation arrive en dernière intention opérationnelle d’un processus qui, jusque-là, a échoué.

À son arrivée, un groupe de négociateurs existe déjà, mais Christophe Caupenne remarque qu’aucune connaissance en la matière n’a été formalisée. Or, selon lui, connaître finement l’humain, trouver, derrière tous les signaux faibles, des éléments de vérité, et encourager l’épanchement émotionnel, ça ne s’invente pas. C’est un métier exigeant qui nécessite un ensemble d’outils avérés pour garantir des résolutions pacifiques.

Suivant cette intuition, Christophe Caupenne et ses équipes se mettent à agréger une multitude de connaissances auprès de facultés de médecine pour affiner leur expertise mentale, auprès de l’Académie du FBI aux USA pour s’inspirer de leur enseignement, et auprès d’unités étrangères pour appréhender la négociation au-delà des frontières hexagonales. De ces explorations, ils reviennent avec des astuces qu’ils formalisent en interne pour professionnaliser leurs démarches. Christophe Caupenne décide même d’aller plus loin en créant un Bac+3 et Bac+5 reconnus au répertoire national des certifications professionnelles pour former au métier de Négociateur de crise. 

Au bout de 12 ans de bons et loyaux services et plus de 350 opérations, l’intuition de Christophe Caupenne est couronnée d’un taux de résolution de… 80% !

Les pièges du management

De cette carrière au sein de la police judiciaire, Christophe Caupenne en a tiré des leçons transposables au management qu’il s’emploie à diffuser à travers son agence de conseil éponyme, créée en 2011. Lorsque WAYDEN l’invite en juin 2019 à intervenir auprès de ses client·e·s et managers de transition, l’ex-commandant du RAID nous fait le plaisir d’en partager quelques-unes, en prenant toutefois la précaution de nous rappeler les pièges dans lesquels nous avons trop souvent l’habitude de tomber.

Piège 1. Le pouvoir
Ce qui est bon pour nous en tant que manager ne l’est pas forcément pour l’ensemble de l’équipe et de l’entreprise.

Piège 2. L’auto-expertise
Ce n’est pas parce que nous nous estimons compétent·e·s dans un domaine que nous devons tout faire à la place des autres. Il s’agit du principe même de subsidiarité, selon lequel la responsabilité d’une action revient à l’entité compétente. C’est-à-dire aux expert·e·s dont c’est le métier.

Piège 3. La routine
Stress, enchaînement effréné de missions, surcharge mentale, conformité, soumission à l’autorité, peur du jugement… Autant de phénomènes si vite arrivés, qui ternissent notre vie professionnelle et nous conduisent, dans le pire des cas, au burn-out.

Face à ces pièges du quotidien, Christophe Caupenne évoque de puissants boucliers étroitement liés à l’intuition et au bon sens.

En premier lieu, la confiance. Celle que l’on accorde à nos équipes, à nous-même, mais aussi à notre capacité collective à faire évoluer les règles et les process. De cette confiance, découle la nécessité, comme nous venons le voir, de déléguer afin de s’affranchir d’un tas de difficultés opérationnelles et ainsi, prendre de la hauteur. Mais pour déléguer, le consensus est clé. Dès la phase préparatoire d’une mission, il faut savoir laisser la parole à chaque membre de nos équipes pour qu’ils puissent exprimer librement leurs doléances, leurs réserves et leurs désaccords. Alors seulement la décision peut être prise.

Ensuite, il faut accepter que tout ne se passe pas comme prévu. Si erreur il y a, demandons-nous plutôt quelle leçon en tirer et positionnons-nous comme l’optimisme qui voit une opportunité dans chaque difficulté, pour reprendre Winston Churchill. Surtout, souvenons-nous que l’échec absolu n’existe pas, c’est une question d’état d’esprit.

Les catalyseurs de l’intuition

Alors, comment retrouver la justesse de notre intuition ?

Christophe Caupenne nous conseille de mettre en œuvre, chaque jour de notre vie, deux acronymes qui lui sont chers :

Le BIC

  • Bienveillance : vouloir du bien à nos équipes, à notre hiérarchie et à nos client·e·s afin d’engager la réciprocité, moteur de réussite et d’efficacité
  • Intégrité : ne pas faire de fautes d’honnêteté avec nos équipes
  • Capacité : les rassurer sur le fait que nous sommes la personne de la situation

Les 3P

  • Préparation :  prendre le temps de préparer le terrain avec nos équipes pour nous mettre en confiance sur la suite des événements
  • Progression : comprendre qu’il y a des étapes à franchir avant d’atteindre le résultat final
  • Pédagogie : apprendre à nous impliquer avec subtilité et pugnacité auprès de nos équipes pour transmettre les concepts et les savoirs.

Confions le dernier mot de cet article à Benjamin Franklin qui, déjà à son époque, avait saisi l’importance de l’inclusivité : « Tu me dis, j’oublie. Tu m’enseignes, je me souviens. Tu m’impliques, j’apprends. »