C’est un peu comme l’histoire du Viagra. Les laboratoires Pfizer voulaient fabriquer un médicament contre l’angine de poitrine. Et ils se sont aperçus par hasard que leur remède avait de tout autres vertus, bien plus attrayantes. La blockchain, de même, a été inventée en 2008 par un génie anonyme qui a conçu une monnaie virtuelle, le bitcoin. Celle-ci reste d’un usage confidentiel.

Mais la technologie qui permet son fonctionnement, elle, est immensément prometteuse. “La blockchain est l’une des découvertes les plus fondamentales de l’histoire de l’informatique”, s’émerveille l’Américain Marc Andreessen, entrepreneur pionnier de l’Internet. Pour l’analyste canadien Don Tapscott, qui vient d’écrire un livre sur cette révolution annoncée, “cette technologie va avoir des conséquences extrêmement profondes sur l’économie mondiale, plus que l’intelligence artificielle, plus que l’énergie solaire, plus que la voiture autonome”.

De fait, la blockchain, la “chaîne de blocs”, en français, est de la dynamite. Elle risque de pulvériser toute une série de métiers et de fonctions en les rendant inutiles. Son secret : supprimer le besoin d’un “tiers de confiance”, qui garantit une transaction. Par exemple, quand un Français achète un tee-shirt sur un site américain de vente en ligne, il ne se déplace pas aux Etats-Unis pour payer son dû en mains propres. Il charge un “tiers de confiance” d’authentifier l’acte et de jouer l’intermédiaire. Cela peut être sa banque ou un opérateur de carte de crédit, ou encore une plate-forme Internet de paiement en ligne.

PLUS BESOIN DE TOUT CELA : grâce à son fonctionnement en réseau, la blockchain peut faire l’économie d’une autorité centrale de régulation. Elle ébranle le métier de banquier, mais pas seulement : elle menace les professions qui enregistrent ou authentifient des contrats, des titres ou des événements, comme celles de notaire, d’huissier, d’assureur. Elle rend aussi inutiles les plates-formes Internet qui vivent de la mise en relation, comme Uber, Airbnb ou eBay. Uber ubérisé ! Idem pour les opérateurs centraux de réseaux, comme EDF dans l’électricité, l’Inpi dans la propriété industrielle ou la Sacem dans la musique. Sans parler des services administratifs comme le cadastre, l’état civil, la carte Vitale, eux aussi jetés aux oubliettes. Et même, pourquoi pas, l’Etat lui-même. Le rêve libertarien est en marche.