L’isolement et la solitude sont deux émotions ressenties par une majorité de dirigeants. La distance hiérarchique qui sépare ces derniers de leur équipe tend à l’expliquer. 

Un dirigeant, dans le monde de l’entreprise, est un cadre qui se voit confier de plus grandes responsabilités. Il possède et soumet le pouvoir dans une organisation. Il en existe deux types. Ceux qui sont en adéquation avec cette mise à distance et qui en font le choix par souci du respect de l’ordre hiérarchique. Et ceux « victimes » d’une sacralisation encore très présente en entreprise. Cette sacralisation place en haut de l’échelle le dirigeant, le rendant inaccessible, ce qui induit une distance entre les deux parties (dirigeant/dirigé).  

Le phénomène de sacralisation en France 

En France, cette mise à distance persiste particulièrement comparativement avec d’autres pays. Cela va du simple vouvoiement d’un inconnu à la sacralisation du dirigeant. Les pays anglo-saxons ne possèdent pas ce même problème (absence de distinction entre le « tu » et le « vous »). Bien que cette sacralisation tende à diminuer dans les petites entreprises, les grandes entreprises, elles, ne voient pas leur taux de sacralisation diminuer et cela se ressent davantage. Ce phénomène se traduit par des « signes physiques » à divers niveaux (proximité verbale, place de parking, étage dans les locaux). Ces marqueurs sociaux traduisent un positionnement. Moins l’écart entre l’équipe dirigeante et l’employé est grand, meilleure sera votre place dans le « sacré ». 

Mise en image de la sacralisation en entreprise 

Bon nombre de meneurs prennent le parti pris du sacré. L’exemple de Steve Jobs en témoigne. En effet, les boutiques Apple sont imaginées et construites comme des « temples ». Ainsi, les employés, mais aussi les consommateurs prennent part aux rituels et rendent le mythe possible. Il s’agit d’une conséquence due à l’admiration massive envers le créateur de la marque symbolisée par la fameuse pomme. 
Cependant, le dirigeant n’est pas le seul initiateur de cet éloignement social. L’attitude des collaborateurs ainsi que l’histoire française participent à ce mouvement. La culture monarchique perdure toujours et les générations ayant suivi ont été élevées dans un respect des personnages cultes. Par « personnages cultes », nous entendrons ici les différents membres de l’autorité de Louis XIV à Emmanuel Macron. Ils incarnent charisme, leadership et puissance. Ces trois composantes peuvent être appliquées aux leaders de l’entreprise qui sont vus comme supérieurs et infaillibles pour rassurer. Ainsi le leader se trouve d’emblée projeté sur un piédestal difficile à quitter et n’ayant nul droit à l’erreur. 

Qu’en est-il aujourd’hui ? 

Aujourd’hui, les nouvelles générations semblent renverser cet ordre. Fausse idée ou vérité ? Car malgré des contestations de la part des millennials au niveau directif, ils considèrent de façon respectueuse l’expérience de leur supérieur et sont demandeurs d’un encadrement avec feedback régulier. Actuellement, on se veut plus proche de ses dirigeants. Cela favorise l’échange et l’humain, deux qualités très prisées dans le domaine de l’entreprise. C’est sûrement pourquoi le terme de dirigeant a laissé place à celui de patron. L’augmentation de l’intérêt envers les questions environnementales, associatives et sociétales en entreprise montrent des volontés de changement vers une place de l’homme plus égalitaire. Il semble peu probable néanmoins que cette sacralisation cesse, car l’homme a besoin de pouvoir se référer et d’être guidé.     

Pour retrouver l’article original de Richard Delaye-Habermacher : https://www.hbrfrance.fr/chroniques-experts/2018/09/22354-le-dirigeant-une-figure-qui-reste-sacralisee-y-compris-par-les-jeunes-generations/